Centre des Troubles Anxieux de l'Humeur
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Tableau clinique

Il s'agit d'un trouble apparemment curieux , qui vous prend la tête tous les jours. Un trouble honteux , car il vous oblige à faire des choses absurdes ou qui bombarde votre esprit par des idées ou des images méchantes ou affreuses. Donc, un trouble qu'on est contraint de cacher et de combattre, car on peut paraître aux yeux des autres comme ridicule, fou ou débile. Et là c'est le drame , une lutte interminable qui vous plonge dans une spirale vicieuse ;Soit on lutte contre le Toc soit on lui cède, et dans les deux cas, on s'enfonce et souffre. Nul ne peut comprendre la force tenace du TOC. Les enfants parlent de «monstres»,ou de «ronds dans ma tête». Le diagnostic du TOC est essentiellement basé sur la présence de symptômes spécifiques: obsessions et/ou compulsions qui doivent générer un degré important de malaise, de détresse psychique, une perte de temps de plus d'une heure par jour et/ou des handicaps dans la vie familiale, sociale ou professionnelle. Une obsession représente une pensée, une impulsion ou une représentation mentale qui est récurrente et persistante. Souvent, le contenu d'une obsession est dégoûtant, douloureux, inacceptable ou anxiogène. Une obsession est différente des ruminations et des soucis excessifs qui sont rencontrés dans d'autres formes d'anxiété, par exemple dans l'anxiété généralisée. Habituellement, une obsession est ressentie, par le sujet, comme intrusive, c'est à dire hantant son esprit contre sa volonté. Cette intrusion génère une émotion anxieuse ou un sentiment de détresse importante l'obligeant à faire des efforts pour ignorer ou réprimer l'obsession ou pour la neutraliser par d'autres pensées ou actions. Une compulsion est un comportement répétitif (lavage, vérification...) ou d'un acte mental (compter,prier...)que le sujet se sent poussé à accomplir en réponse à une obsession ou selon certaines règles qui doivent être appliquées de manière inflexible. Généralement une compulsion est destinée à neutraliser ou à diminuer un sentiment de détresse ou à empêcher un événement ou une situation redoutés. Dans ce cas, il s'agit d'une compulsion réductrice d'anxiété. Cependant, la réduction de l'anxiété par une compulsion n'est que temporaire, et le retour systématique de l'anxiété exige de nouveau la répétition des rituels. Dans d'autres situations, la compulsion est génératrice d'anxiété, car elle doit obéir à des règles et des séquences rigides et parfois très élaborées afin d'aboutir à la sensation du juste "parfait". Dans tous les cas, les compulsions sont manifestement excessives et paraissent sans relation réaliste avec ce qu'elles se proposent de neutraliser ou de prévenir. En résumé, le TOC est caractérisé par des symptômes répétitifs, désagréables et reconnus à un moment donné comme exagérés ou irraisonnés. Le sujet reconnaît que le TOC est le produit de ses propres pensées et fait constamment des efforts pour annuler les obsessions ou résister à l’exécution des rituels. Enfin, les rituels peuvent être une source d'un soulagement temporaire, mais de plaisir. Les symptômes du TOC ne doivent pas être confondus avec d’autres symptômes psychiatriques, comme:
- Les ruminations dépressives
- Les hallucinations psychiques (voix intérieures menaçantes) et les idées délirantes
- Les préoccupations obsédantes qui portent sur la nourriture (anorexie mentale), l'apparence physique (dysmorphie corporelle), la crainte d'avoir une maladie (hypocondrie), la consommation d'une substance (dépendance ou addiction)
- Des comportements répétitifs à caractère compulsif: s'arracher les cheveux (trichotillomanie), voler (kleptomanie), achats pathologiques
- Des troubles moteurs répétitifs et incontrôlables: tics complexes, syndrome de Gilles de la Tourette
- La personnalité obsessionnelle : perfectionnisme, ardeur excessive au travail, excès de conscience, difficultés de déléguer à autrui, rigidité, entêtement….

Cas Clinique

Antoine, 25 ans, présente depuis son adolescence des comportements de rangement et un besoin excessif de symétrie. Il a besoin, chez lui et au travail, que tout soit en ordre et que les objets soient «dans le même état que le jour où je les ai achetés». Il ressent le besoin d’ajuster le four et le grille pain pour qu’ils soient parallèles au mur. Dans la salle de bain, les robinets mitigeurs sont à 90°, sans taches de calcaire (il va souvent passer du produit avant que la femme de ménage ne passe travailler). Quand il part au travail le matin, il vérifie d’un long coup d’œil différents objets du salon, que tout soit à sa place. Il fait un second tour le soir avant de se coucher. Il vérifie comment sont disposés les vêtements dans les armoires (tous doivent être bien pliés et symétriques, avec un décalage égal), les manteaux bien perpendiculaires dans la penderie, chaque couvert bien à sa place dans le lave vaisselle ou le tiroir. Il vérifie les traces d’eau sur les robinets, les tables et les lavabos, que le canapé soit bien tendu (malheur à celui qui s'assoit dessus!). Il peut passer jusqu’à 35 minutes à faire son lit, car les draps doivent être symétriques, parfaitement mis entre le matelas et les lattes, et bien tirés (pas de plis). Le salon doit être toujours parfaitement disposé, rien ne droit traîner. Sa femme et sa fille ne doivent pas perturber cette disposition qui leur est imposé et qu’elles ne doivent perturber sous peine de crises de colère. Il met toujours les mêmes vêtements et les mêmes chaussures, afin de préserver la perfection d’autres habits plus chers et plus récents. Il vérifie le niveau de sucre dans la boite en verre, de même pour le café et les céréales, si tout le monde a bien tiré la chasse, si les serviettes de bain et les torchons sont bien disposés. Il essuie souvent avec un chiffon les traces de doigts sur la vitre des tables basses, regarde le travail effectué après que la femme de ménage ait terminé en tournant pendant 40 minutes dans la maison et en remettant chaque meuble à sa place au millimètre près.

Cédric, 21 ans, est constamment envahi par des superstitions et des croyances obsédantes. Il a peur que de mauvaises pensées puissent se concrétiser et tuer les gens, tout en sachant pertinemment que cela est strictement impossible. A chaque fois qu’il a une mauvaise pensée, il essaye de la chasser en trouvant une pensée plus positive et en répétant le même geste qu’il était en train de faire. Parfois, il doit répéter ce rituel plusieurs fois de suite quand le doute s’impose. Quand ce rituel de répétition et d’annulation s’est ancré, les pensées négatives sont devenues de plus en plus fréquentes, horribles et intrusives. Il a donc des phrases qui lui arrivent automatiquement, malgré lui «Ta sœur ira en enfer», «Maman est une pute, elle va crever». Il lui arrive de passer plus de 8 heures par jour pour réaliser ses annulations. Il a aussi peur de perdre «sa personnalité» en laissant des choses (papiers, cheveux, poussières, aura, ondes) dans une pièce ou chez quelqu’un, comme si cela allait le déposséder de ce qu’il est, d’une partie de lui ou de son âme. Il a peur qu’une catastrophe ait lieu parce qu’il a pêché par omission (comme ne pas avoir fait quelque chose contre le destin). Il ne supporte pas de toucher 3 fois la même chose ou faire 3 fois le même acte au sein d’une même journée car ce chiffre est maudit et peut entraîner la mort de ses proches.

Nathalie, 22 ans, a la peur de contracter le virus du SIDA. Elle souffre de cette peur depuis 3 ans. Elle a rencontré des dizaines de médecins généralistes, des associations, des gynécologues et des infirmières auxquels elle a posé des centaines de questions sur les modes de transmission du sida, mais aucune réponse n’a été en mesure de la rassurer. Au contraire, tout ce qu’elle a entendu se mélange et alimente ses ruminations. Elle a, au cours des dernières années, effectué 4 tests de dépistage du VIH qui, loin de calmer ses obsessions, les ont au contraire renforcées en entraînant des vérifications incessantes des résultats. Ses TOCS se traduisent par des questions incessantes à sa famille et aux médecins, un évitement de toute relation sexuelle sinon elle est obligée de harceler ses partenaires de questions (qui ils ont rencontrés, se droguent-ils, ont-ils eu des rapports à risque, ont-ils des amis homosexuels), peur des poubelles car elles contiennent peut être du sang ou des seringues de toxicomanes, des containers à verre, des seringues par terre (toute seringue est forcément une seringue contaminée), peur de serrer une main ou embrasser quelqu’un en ayant une plaie ou sans savoir si l’autre n’a pas une plaie. Elle n’aime pas prendre le métro à cause des SDF qui pourraient être porteurs de maladies ou toxicomanes. Elle évite les bénévoles du Sida qui font signer des pétitions dans la rue car ils sont en contact avec des séropositifs, elle lave très souvent ses mains quand elle touche un objet incongru, croise une personne qui pourrait être un SDF, va aux toilettes ou touchent ses chaussures ou le sol. Elle a peur de marcher en chaussettes chez elle ou chez des gens, de toucher le sol ou de ramasser quelque chose sur le trottoir, peur de tout objet piquant ou tranchant (couteaux, aiguilles, verre, …), peur de se couper les ongles, peur du sang ou de ce qui ressemble à du sang (elle passe ses mains à l’alcool à 90°). Elle ne mange pas de viande car le sang lui rappelle le sida.

Epidémiologie

Dans la population générale, on estime actuellement que le TOC touche environ 2 à 3 % de la population générale adulte et 2 et 3,6 % des enfants et adolescents. La prévalence du TOC chez les sujets ayant consultés en milieu médical est de 6,5 % contre 1,3 % chez ceux qui n'ont pas consultés. Ce qui signifie que la présence d’un TOC est source de détresse et d’enfermement et que les patients n’osent pas consulter. Une enquête nationale française réalisée dans une population de 4364 patients consultant pour la première fois en psychiatrie, a suggéré une fréquence de 9,2 % pour le TOC (Hantouche et al, Encéphale, 1995). Une autre étude française ayant porté sur les sujets présentant une anxiété résistante aux anxiolytiques a révélé la présence du TOC chez la moitié des cas (Hantouche et al, La Revue du Praticien, 2001). Jusqu’à présent, le TOC demeure une affection encore peu connue : - Les patients sont souvent réticents à divulguer spontanément leurs symptômes, soit par peur d’être jugé, soit à cause d’un vécu de honte
- Les patients ignorent la nature pathologique de l'affection, surtout si le TOC a débuté à un âge précoce
- Le TOC est masqué par d’autres troubles associés comme la dépression, l’anxiété, les tics ou l’abus de substance
- 40-50 % des patients consultent en médecine générale qui n’est pas suffisamment formée pour dépister et traiter le TOC
- Le dépistage est rarement systématique car les médecins croient que c’est une affection rare.

Dépistage

Malgré la spécificité symptomatique et la divulgation des chiffres élevés de la prévalence, le TOC demeure, jusqu’à présent, mal connu et dépisté. Certains comportements et situations doivent alerter sur la présence du TOC, comme:
- Une anxiété résistante aux anxiolytiques
- Une dépression chronique et/ou difficile à traiter
- Un échec professionnel inexpliqué ou scolaire dans les formes juvéniles
- Des troubles inexpliqués du comportement avec une histoire familiale de TOC
- Des conduites incompréhensibles transformant la vie de tous les jours en une lutte permanente.
Si le sujet présente un des éléments, le TOC doit être recherché à l’aide de questionnaires spécifiques .
fomulaire
fomulaire

Bibliographie

Première approche

couverture livre

Frédéric Chapelle: Les TOC quand le quotidien tourne à l'obsession. Editions les Essentiels Milan( octobre 2004). Un tour d'horizon complet sur le TOC, facile à lire, à transporter, et d'un prix très abordable. Un ouvrage pour tous.

couverture

Judith L.RAPOPORT: Le garçon qui n'arrêtait pas de se laver(1991).(Seuil/Points Odile Jacob Edition de poche).Ouvrage grand public de nombreuses fois réédités, et qui a permis à la maladie d'être mieux connue. La partie médicale n'a plus l'actualité des ouvrages récents mais l'expérience d'une pédopsychiatre américaine reconnue face au TOC mérite une lecture attentive.


Guides pratiques

couverture

Alain SAUTERAUD: «Je ne peux pas m'arrêter de laver, vérifier, compter».mieux vivre avec un TOC( O.Jacob.Janvier 2000, réédité en 2002). L'auteur le présente ainsi: «c'est un mode d'emploi, un manuel d'utilisation de ce trouble. Pour tous ceux qui savent ce que souffrir veut dire. Un livre pour prendre en charge soi même son trouble. Car il est parfois difficile d'en parler. Ou bien il est difficile d'être écouté. Ce livre est destiné aux personnes atteintes d'obsessions/compulsions...C'est enfin un livre pour toute la famille. «Cet ouvrage est en effet un guide pratique présenté sous forme de questions/réponses. Très clair, il aidera tous ceux qui ont besoin d'information.

couverture

Frank LAMAGNERE: Manies, peurs et idées fixes( 1994 réédité en 1999).(Retz). Un ouvrage pratique vivant et vécu sur la maladie. De nombreux exemples, tests et conseils pour faire face aux TOC.